Georges Sarre reçoit Evo Morales, Président de la République de Bolivie Mairie du XIème arrondissement / 14 mai 2006
Allocution de Monsieur Georges SARRE
Réception de Monsieur Evo Morales
Président de la République de Bolivie
Monsieur le Président, c'est pour nous un grand honneur de vous recevoir dans la mairie du XIème arrondissement de Paris, un arrondissement marqué par les diverses révolutions des siècles passés, par les grandes heures de notre histoire, un arrondissement marqué par le combat de la Résistance contre l'occupation nazie, un arrondissement enfin, où chaque fois que le destin de la France fut en jeu, les citoyens se mobilisèrent et surent se battre.
Monsieur le Président, cette joie et cette fierté de vous accueillir sont d'autant plus vives que nous nous souvenons tous de la visite de votre ami Hugo Chavez ici même, le 19 octobre 2005 ; à mesure que le temps passe, nous savons, ici en France, que des hommes, des femmes luttent sur un continent que nous aimons, que l'idéal d'hommes comme Simon Bolivar, un idéal d'égale dignité entre les hommes et de liberté des peuples, prend de l'ampleur.
La Bolivie a été, nous le savons, durement marquée par l'Histoire. Des siècles durant, les Indiens ont été victimes d'une grave ségrégation, les ressources du pays ont été pillées, le pouvoir confisqué par une oligarchie inféodée et corrompue. Nous nous souvenons que c'est en Bolivie que la CIA assassina le Che. Nous nous souvenons que c'est en Bolivie que, récemment encore, on a fait tirer sur la foule.
Votre élection, Monsieur le Président, est, au-delà de votre pays, un grand évènement pour l'Amérique Latine et pour le monde. Vos premières décisions, la nationalisation des hydrocarbures, répondent à un impératif pour votre économie, pour votre peuple et, ajoutons le, pour l'environnement. Naturellement, les pressions internationales ont du être fortes. On a encore vu, récemment à Vienne, la Commission de Bruxelles oser vous demander des « clarifications » sur l'indemnisation des entreprises pétrolières. L'oligarchie de la pensée unique veut placer sous tutelle les souverainetés populaires des pays européens ; elle n'aura pas celle de la Bolivie. Mais, quelle que soit la position des gouvernements européens, quelle que soit la position du gouvernement français, il me faut vous conter une petite histoire.
Cette histoire est déjà ancienne mais, je le crois, elle ne cesse d'animer nos esprits. Lors de la guerre du Mexique, voici près de cent-cinquante ans, le pouvoir français soutint l'Empereur Maximilien contre le Président Juarez. Victor Hugo, ce grand républicain, écrivit alors une lettre au Président Mexicain : « si vous êtes vainqueur, vous trouverez chez moi l'hospitalité du citoyen, si vous êtes vaincus, vous y trouverez l'hospitalité du proscrit ». Le message de la France à la Bolivie reste le même. Dans la lutte qui vous oppose à ces forces colossales que représentent le capitalisme financier international et l'impérialisme, vous disposez d'une ressource considérable : la volonté populaire, la conscience civique et l'espoir. Ce sont de bons et puissants atouts.
Monsieur le Président, il nous vient d'Amérique latine un mot qui fait battre nos c½urs : c'est Libertador. Jâdis, au plus profond de la nuit, quand notre pays était occupé, on se souvient que le chef des Français Libres était ainsi appelé dans les pays d'Amérique latine. On se souvient aussi que dans la Patria Grande, on fêta la Libération de Paris.
Monsieur le Président, sachez que vous trouverez toujours, ici, sur le bords de la Seine, des amis. Je vous remercie.